YOSHUA BENGIO

PROFESSEUR TITULAIRE, DÉPARTEMENT D’INFORMATIQUE ET DE RECHERCHE OPÉRATIONNELLE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, AINSI QUE FONDATEUR ET DIRECTEUR SCIENTIFIQUE DE MILA ET DIRECTEUR SCIENTIFIQUE D’IVADO

"STRATÉGIE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POUR LES GOUVERNEMENTS".

- YOSHUA BENGIO, PROFESSEUR TITULAIRE, DÉPARTEMENT D’INFORMATIQUE ET DE RECHERCHE OPÉRATIONNELLE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, AINSI QUE FONDATEUR ET DIRECTEUR SCIENTIFIQUE DE MILA ET DIRECTEUR SCIENTIFIQUE D’IVADO.

Ma première passion restera toujours la compréhension de l’intelligence. Cela inclut les intelligences artificielles que nous sommes en train de perfectionner, mais aussi les intelligences naturelles. Ces dernières années, ma réflexion sur l’intelligence artificielle et humaine s’est souvent articulée autour de l’IA pour le bien social. Comment pouvons-nous veiller à ce que nos travaux profitent à la société, et que se passe-t-il lorsque les choses tournent mal ?

L’IA présente un énorme potentiel dans de nombreux domaines, mais elle peut aussi être mal utilisée et conduire à des décisions susceptibles de nuire à la société et à notre environnement. En tant que chercheur en apprentissage automatique, je vois cela comme un problème d’harmonisation : comment pouvons-nous harmoniser le fonctionnement de l’IA et les activités des acteurs économiques avec les valeurs humaines et le bien public ?

C’est à l’échelon gouvernemental que nous pouvons faire évoluer les comportements dans une direction plus favorable pour la société. Si nous voulons poursuivre notre quête d’innovation pour contrer les menaces qui pèsent sur l’humanité, nous devons établir une stratégie en IA soutenue par l’action des pouvoirs publics.

L’IA et la gouvernance mondiale
L’IA bouleverse presque tous les secteurs et, dans les décennies à venir, elle est susceptible de stimuler considérablement la création d’emplois et la croissance économique. Ses effets transforment également les soins de santé, l’éducation et la façon dont nous protégeons l’environnement.

Mes 30 années de recherche m’ont montré que le partage des connaissances constitue un moteur pour la recherche et le développement ainsi qu’un élément essentiel à son rythme de croissance exponentiel. Les gouvernements devraient encourager une culture de la science ouverte entre le milieu universitaire et l’industrie. Une meilleure coordination et un financement public de l’innovation pourraient inciter les entreprises
à déployer une IA aux répercussions sociales positives, en favorisant l’ouverture et la transparence pour maximiser le rendement du capital investi.

Parallèlement à ce mouvement en faveur de la science ouverte, la réussite de l’innovation en matière d’IA dépend fortement de l’accès à des données pertinentes, mais certains obstacles liés à la vie privée et à la concurrence peuvent la freiner. Les gouvernements peuvent intervenir pour aider les chercheurs à accéder aux données. Ils devraient en outre explorer des pistes pour encourager le partage responsable de l’information entre entreprises ainsi que son transfert des entreprises aux milieux universitaires avec des licences appropriées

Investir dans l’excellence en recherche
La demande de talents en IA augmente rapidement et creuse un fossé de compétences à mesure que l’IA transforme les entreprises et redéfinit les emplois. Cela nécessite un programme d’éducation d’envergure, à la fois ouvert sur l’extérieur et tourné vers l’avenir, qu’il s’agisse d’éducation publique en matière d’IA, d’investissements substantiels dans les programmes de perfectionnement de la main-d’œuvre, de la formation universitaire des meilleurs talents en IA et de celle de la prochaine génération d’enseignants et d’entrepreneurs en technologie. Une gouvernance mondiale de l’IA fondée sur la réflexion inclusive – où les chercheurs, les éducateurs, les jeunes entreprises et d’autres groupes participent au dialogue social élargi aux côtés des décideurs politiques et des entreprises privées – est essentielle pour favoriser l’expansion des écosystèmes d’innovation.

La concurrence en matière d’attraction et de rétention de talents en IA s’intensifie à l’échelle mondiale, alors que le monde se prépare à ses répercussions économiques. Il est important d’investir dans une recherche en IA motivée par la curiosité, de soutenir les partenariats multipartites et d’offrir une visibilité scientifique aux futurs leaders de l’IA. Mila et l’écosystème canadien de l’IA ont la chance de profiter d’une stratégie gouvernementale qui donne la priorité à l’innovation en IA. En soutenant notre croissance, nous pouvons repousser les limites et maintenir notre leadership scientifique dans le développement de nouvelles approches en matière d’IA et d’apprentissage automatique. Aujourd’hui, Mila rassemble plus de 500 chercheurs qui améliorent notre compréhension des principes de l’IA et conçoivent des outils pour aider le public à visualiser les changements climatiques, perfectionner la technologie de reconnaissance vocale, améliorer les résultats en matière de santé et accélérer la découverte de médicaments.

Le perfectionnement de l’IA responsable sera toujours au cœur de toutes les activités de Mila. Pour l’avenir, j’espère que des instituts comme Mila ainsi que les secteurs privé et public continueront à établir et à soutenir des relations fondées sur la transparence et l’ouverture. En amont de ces transformations, nous devons travailler ensemble pour prendre les meilleures décisions collectives afin d’assurer des résultats bénéfiques et
avantageux pour tous.

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